Chapitre 5-3 – Fin ?
Pendant la cueillette de martosa, un monstre hurla. Il y eut un mouvement de panique chez Rintam et ses compagnons. Surtout de la part de Gron qui tremblait comme une feuille, mais il était aussi assez tenté de se débarrasser des chaussettes à ses pieds pour s’en servir comme arme. Cela avait bien marché une fois, alors pourquoi pas deux ? Mais son initiative stoppa suite à un ordre de son maître l’incitant à se concentrer sur la fuite. Elilim décida qu’il fallait se dédier surtout à la retraite. Les rumeurs sur la puissance du monstre s’annonçaient véridiques, l’affronter et espérer en sortir vainqueur relevait apparemment de la stupidité pathologique.
Alors Elilim décida de détaler, de montrer un superbe exemple de course rapide. Malheureusement la créature se déplaçait à une vitesse surnaturelle, elle parcourut une distance de plusieurs kilomètres en quelques secondes. Après avoir assommé dans un même mouvement de la main droite avec une gifle, Gron et Elilim, elle jeta son dévolu sur Rintam.
Rintam : Mais je reconnais ce visage. Aïe.
Rintam et ses camarades se retrouvèrent transportés dans une grande caverne. Quand Rintam se réveilla, il se palpa pour voir s’il n’avait pas de fractures ou d’entorses. Il eut la consolation de ne rien détecter de préoccupant, il avait quelques contusions, et égratignures, mais rien d’alarmant. Il se rendit compte qu’il était dans une cage en bois assez vaste, dans le sens que la prison pouvait contenir au moins cinquante personnes assises. Elilim l’archimage s’acharnait à vouloir sortir de la cage en jetant des sorts. Pourtant malgré son grand savoir magique et sa puissance surnaturelle, rien ne se passa. L’archimage devait avoir tenté de recourir à des dizaines, peut-être même des centaines d’enchantements, car il était très fatigué. Cette nouvelle plomba le moral de l’ambitieux, sa situation de détresse lui donna presque envie d’adresser une prière à une divinité.
Puis Rintam se dit que ce n’était pas le moment de flancher. Rien n’était perdu, si le monstre le gardait en vie lui et ses camarades, cela pouvait vouloir dire que la créature espérait quelque chose d’eux, donc il restait de l’espoir. Le monstre ne voulait pas forcément les garder en réserve pour les manger plus tard. Il était raisonnable de penser que la créature cherchait à négocier, désirait confier une mission particulière. L’ambitieux espérait que le monstre lui adresserait rapidement ses intentions, et le ferait rapidement sortir. En effet Rintam souffrait de claustrophobie légère, il pouvait dormir dans un lieu fermé, mais il n’empêchait que le fait d’être enfermé pour une durée indéterminée le mettait mal à l’aise.
Gron fut le dernier à se réveiller, sa première pensée quand il reprit ses esprits, fut pour son maître Rintam. Gron avait de nombreux défauts, mais il témoignait une fidélité exemplaire à l’égard de son supérieur hiérarchique.
Gron : Maître comment allez-vous ?
Rintam : Je suis entier. Autrement as-tu une idée sur notre situation Gron ?
Gron : Apparemment le monstre nous a épargnés tous les trois. Il s’est contenté de nous assommer et, de nous enfermer dans cette cage en bois.
Elilim : La cage est invulnérable à ma magie, mes sorts de destruction sont sans effet sur elle.
Rintam : Quelqu’un a une idée pour améliorer notre situation ?
Rintam vit chez Gron la lueur du délire dans ses yeux, et il n’était pas d’humeur à supporter des aberrations intellectuelles. Donc l’ambitieux décida d’empêcher de parler son assistant.
Rintam : Non Gron ne propose rien sinon je te gifle.
Elilim : Jouer sur l’intimidation n’est pas ce qu’il y a de mieux indiqué, je pense qu’il vaut mieux essayer de persuader gentiment le monstre. Et puis Gron vous pouvez parler, même si vous êtes très spécial, vous aurez peut-être une idée pour nous sortir de la mouise carabinée où nous sommes.
Gron : Je peux rendre pourrie toute la viande séchée de cette caverne. Cela fera découvrir une nouvelle saveur à la créature, et contribuera à la rendre de bonne humeur.
Elilim : Si on prive de sa nourriture le monstre, on aura un contact très intime avec son estomac.
Gron (sincère) : Vous voulez dire que si on la fait jeûner, la créature emploiera une prostituée appelée Estomac pour nous caresser ? C’est une belle récompense dis donc !
Elilim : Pardon ?
Gron : Vous avez parler de contact intime, cela signifie souvent des caresses sensuelles.
Elilim : D’accord j’ai parlé de contact intime, mais un estomac chez une créature cela sert surtout à dévorer. Euh non, oh et puis zut j’arrête d’expliquer, vous m’énervez trop.
Gron : Et bien tant mieux que l’on se fasse dévorer, j’aime bien les prostituées insatiables !
Rintam ne savait pas s’il devait pleurer ou gifler son assistant gobelin. Finalement il se retint de recourir à la violence sur son subordonné, car il se sentait très las.
Rintam : J’ai remarqué quelque chose chez la créature, elle avait plusieurs points communs au niveau du visage avec Cérumane. Le monstre est peut-être un double de Cérumane qui a dégénéré.
Cérumane : Je n’ai pas dégénéré, je suis plus abouti que le Cérumane original. En renonçant à une apparence humaine, j’ai accru considérablement ma puissance.
Gron : Personnellement je trouve que vous êtes une version corrompue, la seule chose qui est belle chez vous, c’est votre voix.
Cérumane : Continue à m’insulter et je dévore sous tes yeux, tes amis.
Rintam : Gron tais-toi c’est un ordre.
Cérumane : Apparemment le maître est plus intelligent que le sous-fifre, tant mieux.
Rintam : Si vous nous avez épargnés, c’est que nous pouvons sans doute vous être utiles. Est-ce que je me trompe ?
Cérumane : Non tu as raison, je veux que tu rapportes ma tête au druide Pinoramix.
Gron : Si vous voulez vous suicider, je serai ravi de vous rendre service.
Cérumane : Continue à faire l’insolent et je te mange ! Non ce que je veux c’est la paix. J’ai acquis récemment la faculté de pouvoir créer des répliques de ma tête. Vous utiliserez la tête créée pour tromper Pinoramix, lui faire croire que je suis mort.
Gron : Je n’ai pas envie de mentir à Pinoramix, c’est une personne sympathique.
Cérumane : Tu n’as pas le choix, si tu refuses de m’aider, tu finiras dans mon estomac.
Rintam : Gron ne dis rien, ou je te baffe. Quel est votre stratégie sur le long terme Cérumane ?
Cérumane : Mon but ultime est l’extermination totale des vers de terre des forêts d’Arique.
Rintam : Qu’est-ce qui motive votre haine ?
Cérumane : Les vers de terre sont des animaux sales, qui aiment être recouverts de terre.
Gron : Il y a plus sales que les vers de terre, ils n’ont pas peur d’être lavés par l’eau des averses, tandis que les coccinelles et les fourmis craignent le contact de l’eau de pluie.
Cérumane : Tu as parfaitement raison, je vais étendre mes massacres aux coccinelles et aux fourmis. Bon assez discuté. Salem tango visard qu’une tête de moi apparaisse. Si vous menez à bien votre mission, je vous laisserai vivre.
Rintam : Avant de m’occuper de ma mission, j’aimerai cueillir quelques kilos de martosa, cette plante est vitale pour mes projets.
Cérumane : Si tu veux, mais une fois que tu auras fini ta cueillette, je te conseille de te dépêcher de rapporter la tête que je t’ai confiée.
Une fois sortie de la grotte, et de retour dans la forêt constituée majoritairement de pins, Rintam eut un accès d’orgueil.
Rintam : Je crois que pour être crédible, il faut raconter une belle fable sur la mort de Cérumane, où Gron joue le rôle d’un peureux qui grimpe à un arbre, et où vous Elilim êtes assommé dès les premières secondes du combat.
Elilim : Je suis d’accord sur le fait qu’il faille raconter des mensonges. Mais il serait beaucoup plus logique, de dire que c’est moi qui ais triomphé de Cérumane. Je suis bien plus doué que vous Rintam, en matière de magie de combat.
Gron : Attention monsieur Elilim, si vous ne coopérez pas avec mon maître, je serai contraint de vous attaquer.
Elilim : J’aimerai bien voir ça, même avec les deux mains attachées dans le dos, je peux vous battre vous et Rintam.
Gron : Ne me poussez pas à bout sinon je dégaine une chaussette.
Elilim : Bon blague à part, je veux être traité sur le même pied d’égalité que vous Rintam.
Gron (étonné) : Mais comment est-ce possible ? Je sais que vous êtes courageux Elilim, mais comment faites-vous pour être aussi impertubable face à la menace d’une chaussette ? Je suis pourtant terrifiant au possible. Vous devriez au moins reculer sous le coup de l’effroi.
Elilim n’eut pas le cœur de briser les illusions de Gron, alors il entra dans son jeu.
Elilim : La chaussette c’est très fort, mais je suis un archimage je peux me jeter des sorts d’immunité à la terreur.
Gron (très fier) : Ah d’accord, je suis quand même content de moi ! Vous résistez à la chaussette, mais vous avez dû employer des arcanes mystiques pour supporter la pression.
Rintam trouvait la discussion surréaliste, mais il respectait la puissance magique d’Elilim, donc il se retint d’intervenir. Il amena quand même un changement de sujet pour s’échapper de la dimension délire.
Rintam : D’accord Elilim, vous serez traité comme un compagnon ayant une valeur semblable à la mienne, mais je veux que Gron soit présenté comme un grimpeur d’arbre professionnel.
Elilim : Pourquoi voulez-vous donner un rôle ingrat à votre assistant ?
Rintam : Parce que cela me met en valeur. Dans les histoires, le personnage principal apparaît comme plus charismatique, quand son serviteur se comporte comme un bouffon.
Rintam l’ambitieux n’était pas partageur question gloire. Son orgueil le poussait à vouloir s’attribuer le maximum de prestige, et à ne laisser que des miettes de renommée aux autres. L’ambitieux adorait s’attribuer le mérite des autres, et exagérer sa contribution dans une victoire. En prime quand il subissait une défaite, cela n’était jamais de sa faute. Les raisons d’une débâcle s’avéraient toujours provoquées à cause de l’incapacité de subordonnés, ou de complots fomentés par des subalternes jaloux.
Pour faire simple, Rintam en cas de réussite faisait le maximum pour être le plus félicité, et en cas d’échec rejetait systématiquement la faute sur les autres. L’état d’esprit de l’ambitieux plaisait à Gron le gobelin bêta. En effet ce dernier approuvait les gens comme Rintam, qui agissaient souvent de manière ignoble et méprisante avec leurs subordonnés. Pour le gobelin seules les personnes impitoyables et cruelles disposaient de chances sérieuses d’obtenir un haut statut politique.
Elilim l’archimage n’appréciait pas beaucoup le comportement de Rintam à l’égard de Gron, mais comme le gobelin semblait aimer qu’on soit rude avec lui, l’archimage laissait faire. Par moment Elilim avait envie de neutraliser définitivement l’ambitieux, et de prendre Gron sous son aile. Mais l’archimage se disait que Gron était un adulte souvent bête, mais un adulte quand même, c’était donc au gobelin de prendre sa destinée en main. Elilim estimait avoir fait son devoir d’ami en proposant plusieurs fois au gobelin de le prendre comme apprenti-magicien. L’archimage pensait que si Gron voulait être exploité toute sa vie, tant pis pour lui.
Le retour dans la demeure de Pinoramix se passa sans incident notable.
Pinoramix : Je vois que vous avez ramené de la martosa, je vais tout de suite écrire des formules magiques sur votre parchemin. Horreur voilà Uphir le démon majeur.
Uphir : Comme on se retrouve, Rintam préparez-vous à mourir.
Un nouvel intervenant qui ne manifestait pas de peur se joignit à la confrontation.
Baoman : Je suis celui qui tuera Rintam.
Uphir : Par le paralysus que tous mes ennemis soient immobilisés.
Ainsi les seuls encore capables de s’en prendre à Uphir étaient Gron et Rintam. Cet humain n’entrait pas encore dans la catégorie des adversaires à éliminer. Quant au gobelin il était une cible trop pitoyable pour mériter un châtiment.
Gron : Pourquoi ne suis-je pas immobilisé ?
Uphir : Tu es inoffensif, tu me fais tellement pitié que j’ai décidé de t’épargner, maintenant file.
Gron : Vous commettez une grave erreur, je peux vous nuire considérablement.
Uphir : Qu’est-ce que tu comptes faire ?
Gron : Je vais chanter, fais dodo Colas mon petit frère, fais dodo t’auras du lolo.
Uphir : Tu ne me gênes absolument pas, tu chantes mal, mais j’ai connu bien pire. Bon maintenant commençons à éliminer les gêneurs.
Baoman : Démon tu as gagné cette fois, mais je reviendrai.
Uphir : La leçon de la dernière fois ne t’a pas suffi pseudo-héros. Cette fois je vais user de flammes infernales.
Baoman : Un peu de respect tu parles à un super-héros.
Uphir : Je dirais plutôt super zéro.
Baoman : J’ai passé un examen très dur, pour avoir le droit de porter le titre de super-héros. Il fallait que je réponde oui ou non à la question, êtes-vous pour le bien et la justice ? Je ne disposais que d’une heure pour faire le bon choix.
Uphir : Bravo tu es encore plus nul que je le pensais, feu des Enfers consume Baoman.
Baoman fut très gravement brûlé. Mais quelques secondes après avoir été immolé par le feu, il revint à la charge, il se régénéra très rapidement, par contre il était désormais tout nu.
Baoman : Tu es très fort, mais j’ai une arme secrète qui va me rendre invulnérable, le papier toilette.
Uphir : Pardon ?
Baoman : Laisses moi me couvrir avec des feuilles quadruple épaisseur, et tu seras incapable de me faire du mal.
Uphir fut tellement qu’il étonné qu’il laissa Baoman commencer à répandre sur lui du papier toilette afin de s’en faire une pseudo armure. Pendant ce temps Gron s’indignait clairement. Le gobelin avait des envies de meurtre devant ce qu’il appelait une horreur.
Gron : Baoman arrêtes tout de suite, tu n’es pas digne du papier toilette. Tu dois au moins chanter le rituel du respect profond avant de manier du quadruple épaisseur.
Uphir : C’est quoi ce délire ?
Gron : Papier toilette je me prosterne en gage de respect pour ta magnificence. Loué soit le quadruple épaisseur. Sublime est le jour de ta création.
Ainsi Gron était en train de chantonner des paroles remplies de déférence, tout en se prosternant comme un fanatique religieux devant son dieu qui apparaissait devant lui. Son regard était illuminé par l’admiration. Devant ce spectacle Uphir avait l’impression d’évoluer dans le monde du grand n’importe quoi. Il observait Baoman qui avait couvert l’intégralité de ses jambes de papier, tandis que Gron continuait la litanie d’honneur pour le quadruple épaisseur.
Le démon commençait à être profondément énervé. Il recourut donc sans le faire exprès à un sort létal. Il activa un pouvoir de mort, ainsi il décima Baoman juste en prononçant quelques mots mystiques. Les effets ne furent pas très retentissants, pas de vent ou de lumière. Le pseudo-héros se contenta de chuter sur le sol sans tambour ni trompette, et de ne plus bouger, tout en poussant son dernier râle.
Quant à Gron malgré le spectacle du trépas auquel il assista suite au cri d’agonie de son ennemi, il se força à continuer à présenter ses respects au papier toilette. Il ne s’arrêta que quand il eut fini de déclamer au bout de quelques minutes. Sa phrase de conclusion fut «Papier toilette je t’honorerais dans cette vie et les suivantes jusqu’à la fin des temps».
Rintam qui en avait marre des loufoqueries de Gron après l’avoir giflé ne résista pas à l’envie de faire le fier. Il aurait pu s’enfuir en profitant du désarroi du démon, mais il se sentait tenu par la solidarité de rester avec le gobelin.
Rintam : Si vous espérez que j’aie peur, vous vous faites des illusions !
Uphir : Mon maître est généreux, son offre tient toujours, reconnaissez son autorité et vous deviendrez craint et respecté.
Rintam : Jamais je ne deviendrai le laquais d’Abigor. Je ne supporte pas les imbéciles qui dépensent sans y être contraint, qui concèdent des pourboires sans motif lié à la survie.
Uphir : Adieu Rintam, lumière désintègre.
Le corps de Rintam fut victime de l’attaque d’un rayon lumineux noir qui le détruisit complètement sans le faire souffrir, mais qui ne laissa pas une trace de lui, même pas un peu de cendres.
Rintam parvint avant de mourir à réaliser une bonne performance comparé à d’habitude. Il réussit à créer un éclair qui rayait légèrement une des griffes d’Uphir. Cela semblait insignifiant à première vue, mais c’était mieux que de complètement louper sa cible et de se vautrer par terre en recourant à un sort.
Uphir : Sans Rintam vous êtes aussi inoffensifs que des bébés, c’est pourquoi je vous laisse vivre.
Gron : Monsieur Elilim est-il possible de ressusciter mon maître ?
Elilim : Je ne pense pas, puisqu’il ne reste aucune trace du corps de Rintam, même le plus doué des mages ne pourra pas le faire revivre.
Quand le soir vint Gron pleura toutes les larmes de son corps. Même le fait de bricoler son oiseau mécanique, pourtant d’habitude une grande source de joie, ne le dérida pas. Il aurait aimé montrer à son maître ses progrès récents dans les domaines de la conception de machines complexes. Cependant maintenant il avait peur d’être dans l’incapacité de réaliser son souhait.
